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État des lieux des médias dans la perspective du Dialogue intercongolais |
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Par Mwamba wa ba MULUMBA, secrétaire général de Journaliste en danger Quelque chose a-t-il changé en matière de liberté d'expression depuis l'accession au pouvoir en RDC de Mr Joseph Kabila? Notre organisation, JED, avait établi en son temps que le pouvoir de feu Laurent Désiré Kabila avait privé de liberté environ 150 journalistes. Le panorama d'aujourd'hui est à peu près semblable à celui que nous avons connu entre 1997 et 2000. Peu de faits majeurs viennent infirmer cette analyse. Notre plus gros champ de bataille reste la dépénalisation des délits de presse. La loi de juin 1996 qui se prête aux interprétations les plus diverses, peut conduire un journaliste à la peine capitale. Cette loi dispose qu'en temps de guerre, personne ne pourra, directement ou indirectement, publier des informations susceptibles de démobiliser l'armée ou de servir des forces ennemies, sous peine de se voir inculpé de trahison. En d'autres termes, diffuser des informations sur les nouvelles acquisitions en armes de guerre par les forces rebelles, peut être associé à une campagne de démobilisation de l'armée. La Cour militaire qui est une juridiction d'exception qui juge en premier et dernier ressort, sanctionne l'infraction de trahison par la peine capitale. On n'est pas encore arrivé à ce niveau mais Jean-Luc Kinyongo Saleh, éditeur et directeur de la publication du journal Vision, en est sorti avec une condamnation de plus de 4 mois ferme. Il avait publié des informations sur l'acquisition par l'armée ougandaise de missiles aériens de haute performance. JED se bat donc pour que cette loi soit conforme aux instruments juridiques internationaux des droits de l'homme auxquels notre pays est partie prenante. Ces principes tendent à prouver que l'emprisonnement pour délit de presse est une sanction disproportionnée par rapport au préjudice qu'aurait causé le journaliste et préfigure une violation flagrante de la liberté d'expression. Ce qui est encore plus repréhensible c'est que plusieurs services de police sont compétents en RDC pour tancer, interpeller, arrêter ou incarcérer les journalistes. Ils vont des forces nationales aux forces d'élite de l'armée, en passant par les Renseignements généraux, la police des frontières, les Renseignements militaires, etc... Ainsi donc, quiconque a une entrée auprès de ces services du fait de la détention d'un pouvoir économique ou politique, sait envoyer l'armée de nuit comme de jour auprès d'un journaliste qui sera arraché à son sommeil et conduit directement dans l'un des cachots disséminés dans la capitale Kinshasa. Il y a peu, le président Kabila a ordonné la fermeture de tous ces cachots qui ne dépendent pas des parquets de la république, mesure dont nous nous sommes félicités. La télévision a publié des images ostentatoires de la fermeture des cachots mais, surprise, Guy Kasongo Kilembwe, rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique Pot Pourri, sortait au même moment amaigri par la torture subie dans un cachot de l'Agence nationale des renseignements. Ces cachots existent toujours et ne dépendent pas des parquets de la République c.a.d. qu'aucun officier du ministère public, magistrat du parquet, n'a le droit de visiter ces lieux ou d'adresser une requête aux officiers de police judiciaire. D'autre part, la peur d'une répression toujours croissante des médias congolais, conduit à une grave pratique d'autocensure. Plusieurs informations qui arrivent dans les salles de rédaction pourrissent dans les tiroirs, non exploitées. Et lorsque quelques rédacteurs en chef décident de diffuser une information osée, de sérieuses pressions sont exercées par des services gouvernementaux et de sécurité pour que l'information ne soit pas rendue publique. On a connu récemment des cas de membres du gouvernement qui font téléphoner aux responsables des médias privés pour interdire la couverture et la relation d'événements intéressant la vie publique. Dans les médias publics, la censure est même officielle. Les conducteurs des journaux télévisés officiels sont lus au préalable par les officiels et leurs conseillers. C'est une situation qui handicape grandement le transparence de la vie publique et qui entrave le droit du public à connaître la vérité et à prendre part aux affaires publiques du pays. La dissémination maximale de l'information est ainsi battue en brèche, surtout dans le domaine audiovisuel où il n'existe plus à proprement parler de radio ou de télévision d'information à Kinshasa. Depuis la confiscation de la chaîne publique RTKM par l'ancien ministre de la communication, le très célèbre Dominique Sakombi Inongo, les autres médias audiovisuels appartenant à des églises ou à des opérateurs étrangers, se sont mis au pas. Dans un pays en guerre, d'aucuns évitent de tomber sous les coups d'une infraction. On peut se demander aussi s'il faut rester conciliant avec des journalistes qui ne respectent pas les règles de déontologie et d'éthique professionnelle. Tout défenseurs de la liberté de la presse que nous sommes, nous nous arrachons parfois les cheveux à la lecture des articles de certains journaux. L'injure facile, la publication de fausses nouvelles, la violation de la vie privée des gens, une certaine presse congolaise fait la honte de notre profession. Nous avons pour y répondre, fait une extension au missions de notre organisation. Avec la participation du procureur général de la république et des plus hauts magistrats du parquet, des procureurs généraux auprès des cours d'appel en province et à Kinshasa, nous avons organisé des matinées juridiques de la presse qui avaient pour but d'expliquer aux journalistes qu'ils ont aussi des devoirs. L'indépendance du journaliste doit être garantie par l'entreprise de presse qui emploie le journaliste. Or peu d'entreprises de presse sont viables en RDC. Dans un pays où la manne publicitaire a disparu, les médias sont soumis à une impitoyable ascèse financière. L'aide à la presse se fait toujours attendre. La situation s'aggrave: le plus gros tirage de la presse ne dépasse pas les 2000 exemplaires à Kinshasa avec un taux d'invendus qui avoisine les 60%. Dans ces conditions, rares sont les journalistes dont les salaires peuvent atteindre les 100 dollars par mois. Comment dès lors demander aux journalistes de faire autrement. Leurs plumes sont vendues aux riches opérateurs économiques et politiques qui se font la guerre par médias interposés. Il reste qu'un des principaux problèmes est de savoir qui est journaliste et qui ne l'est pas. Notre profession est envahie par des mercenaires qui, ayant échoué ailleurs, battent le plein de nos tabloïds. La loi définit le journaliste comme toute personne dont le travail consiste à récolter , traiter et diffuser l'information et d'en retirer le principal de ses revenus. La carte professionnelle n'est plus requise avec la déliquescence de la presse au Congo. Néanmoins, il y a quelques lueurs d'espoir. Le nouveau ministre de la communication, journaliste de formation et de profession, accepte de dialoguer avec les organisations de défense de la presse. Une commission d'enquête a été mise sur pied pour voir dans quelle mesure on peut restituer la chaîne RTKM à son propriétaire. Ces lueurs d'espoir ne peuvent fonctionner qu'avec une aide et une solidarité des confrères. Nous avons aussi besoin d'une aide directe aux entreprises de presse pour qu'elles s'ouvrent sur le monde. Allocution faite à Bruxelles le 14 juin 2001. |